16 juin 2012

"Qui es-tu, toi qui n'es, ne seras jamais moi ni mien ? Je t'écoute comme la révélation d'une vérité irréductible à moi. Tu m'as saluée, reconnue. Tu interroges tes limites. Je ne m'approche pas immédiatement de toi. Je ne te connaîtrai jamais de manière absolue. Je laisse de l'air, de l'espace, du mystère autour de nous. Eveillée à toi, recueillie, j'invente des paroles qui te touchent de leur souffle sans t'enlever à toi. Cet abord intransitif cherche aide auprès de l'univers, de la beauté, de la sagesse, de l'Histoire. En cette oeuvre déjà, j'aime à toi. Puisse ce "à" garder l'intention entre nous encore et toujours vive, berceau de l'être que notre transcendance l'un à l'autre enfante."


Luce Irigaray, extrait de J'aime à toi

27 mars 2012

Tentative de jalousie


Il en tomba dans cet abîme
Béant dans le lointain!
Et je disparaîtrai un jour sans rimes
Du globe, c'est certain.

Se figera ce qui fut, - qui chante
Et lutte et brille et veut :
Et le vert de mes yeux et ma voix tendre
Et l'or de mes cheveux.

Et la vie sera là, son pain, son sel
Et l'oubli des journées.
Et tout sera comme si sous le ciel
Je n'avais pas été !

Moi qui changeais, comme un enfant, sa mine,
- Méchante qu'un moment, -
Qui aimais l'heure où mes bûches s'animent
Quand la cendre les prend,

Et le violoncelle et les cavalcades
Et le clocher sonnant...
- Moi, tellement vivante et véritable
Sur le sol caressant.

A tous – qu'importe ? En rien je ne mesure,
Vous : miens et étrangers ? ! -
Je vous demande une confiance sûre,
Je vous prie de m'aimer.

Et jour et nuit, voie orale ou écrite :
Pour mes « oui », « non » cinglants,
Du fait que si souvent – je suis trop triste,
Que je n'ai que vingt ans.

Du fait de mon pardon inévitable
Des offenses passées,
Pour toute ma tendresse incontenable
Et mon trop fier aspect,

Et la vitesse folle des temps forts,
Pour mon jeu, pour mon vrai...
- Écoutez-moi ! - Il faut m'aimer encore
Du fait que je mourrai.


Marina Tsvétaïeva          

DEUXIÉME LETTRE DE MÉNAGE


Même quand il s'appelle Antonin Artaud, il est toujours macho!




   "J'ai besoin, à côté de moi, d'une femme simple et équilibrée, et dont l'âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. Ces derniers temps, je ne te voyais plus sans un sentiment de peur et de malaise. 





  Je sais très bien que c'est ton amour qui te fabrique tes inquiétudes sur mon compte, mais c'est ton âme malade et anormale comme la mienne qui exaspère ces inquiétudes et te ruine le sang. Je ne veux plus vivre auprès de toi dans la crainte. J'ajouterai à cela que j'ai besoin d'une femme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver chez moi à toute heure. Je suis désespéré de solitude. Je ne peux plus rentrer le soir, dans une chambre, seul, et sans aucune des facilités de la vie à portée de ma main. Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et une femme qui s'occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m'occuper de rien, qui s'occupe de moi pour les plus petites choses. Une artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela. Tout ce que je te dis est d'un égoïsme féroce, mais c'est ainsi. Il ne m'est même pas nécessaire que cette femme soit très jolie, je ne veux pas non plus qu'elle soit d'une intelligence excessive, ni surtout qu'elle réfléchisse trop. 


   Il me suffit qu'elle soit attachée à moi. Je pense que tu sauras apprécier la grande franchise avec laquelle je te parle et que tu me donneras la preuve d'intelligence suivante : c'est de bien pénétrer que tout ce que je te dis n'a rien à voir avec la puissante tendresse, l'indéracinable sentiment d'amour que j'ai et que j'aurai inaliénablement pour toi, mais ce sentiment n'a rien à voir lui-même avec le courant ordinaire de la vie. Et elle est à vivre, la vie. Il y a trop de choses qui m'unissent à toi pour que je te demande de rompre, je te demande seulement de changer nos rapports, de nous faire chacun une vie différente, mais qui ne nous désunira pas." 


Antonin Artaud, Extrait de"L'ombilic des Limbes, Le pèse nerfs", (Poésie-Gallimard)

14 mars 2012

Roi déchu




Je ne suis plus la reine
Tu n'es plus le roi
Pour qui sonne le glas?

23 déc. 2011

Syndrome de couple




Quand l'homme s'enorgueillit
Il se tait
Quand l'homme ment
Il n'arrête pas de renifler

6 nov. 2011

Devinette




La Femme: On peut parler des autres si on ne peut pas parler de nous deux!

L'Homme: De toutes façons moi, je peux m'adapter à toutes les situations. Et d'ailleurs, on n'est pas obligés de parler, chacun peut parler tout seul!

La Femme: Caméléon 

28 oct. 2011

Quand une femme écrit sur la passion...


« Je me disais que si on vivait ensemble, j’allais gâcher mon amour pour lui. Je rêvais de lui, de son corps, de son cœur extraordinaire. Il avait une telle générosité, un tel amour pour moi ! Mais je ne voulais pas quitter mon mari avec qui je m’entendais merveilleusement. Non, ces passions, il faut les laisser à l’état de passions, comme Tristan et Iseult, comme toutes ces amours impossibles qui sont splendides, mais qu’il ne faut pas vivre au quotidien ; ça les fait mourir. »

Benoite Groult, à propos des Vaisseaux du coeur